Pèlerinage de Notre-Dame de BOULOGNE

Ce pèlerinage s'est déroulé durant la seconde guerre mondiale, cette guerre qui en  était à son apogée de souffrances, de restrictions, de blessés, de prisonniers et de morts.

 

La population entière ne rêvait que d'une chose: que cela finisse.

Alors les corps ecclésiastiques, lancèrent l'idée, dans un but de retour à la foi, de faire

parcourir à la Vierge de Notre Dame de Boulogne, une partie du pays où elle se trouvait.

Jouant sur les différents sens du terme, ce « Pèlerinage du Grand Retour », avait pour dessein, (dans une France meurtrie par le dramatique conflit de la seconde guerre mondiale), de prier et d'invoquer la Vierge afin que cesse cette guerre, que la paix soit

établie et que reviennent les prisonniers retenus en Allemagne ainsi que les travailleurs du STO.

Cette Vierge devait finir son périple à Lourdes en 1943. Mais devant la ferveur des fidèles et la demande de plus en plus pressante des autorités religieuses,on  fit continuer son périple à travers toutes les villes et la plupart des villages de France.

C'est ainsi que le 9 Mai 1944, elle arriva à Luc-Sur-Orbieu . Cependant au préalable, elle avait fait une halte à Boutenac.  Ainsi au matin du 9 Mai les habitants de ce village vinrent l'annoncer à la Communauté de Luc.

L'échange eut lieu sur la route de Boutenac au niveau du lieu dit: «  le Cabanon de

Camps », sorte de petit tumulus planté de pins où trône un énorme cabanon en ruine.

Là, le chariot sur lequel était placée la Vierge, stoppa, tous les participants se mirent à genoux et après de nombreuses prières, il repartit en direction de  Luc.

Les hommes forts du village se relayaient pour tirer avec une corde cet imposant véhicule, certains se trouvaient à l'arrière pour le pousser quand il se trouvait face à une forte côte ou au contraire le retenir dans une pente. Parmi ces hommes se trouvaient : Monsieur Pierre Capelle, Monsieur Jean Vié( le musicien), Monsieur Aimé Brunet, Monsieur Robert Trémèges...

La vierge arriva dans Luc par la route de Boutenac, passa devant les écoles et traversa

un magnifique Arc de Triomphe érigé en son honneur et qui enjambait la chaussée

entre le mur de l'ancienne bergerie Fabre et l'ancienne épicerie de Juliette Lagarde.

Cet arc de triomphe se composait de  « filates », sur lesquelles on avait fixé une armature habillée de buis et où on avait accroché des drapeaux qui flottaient,  au milieu,  était suspendue une magnifique croix.

La procession se composait des enfants de Luc, puis venaient les enfants de chœur,

des curés et enfin la population.

Les maisons qui se situaient sur le trajet étaient joliment ornées avec des fleurs, des feuillages et autres décorations. On me raconta même qu'un habitant athée dont la maison se trouvait sur son passage , fit comme tout le monde « sans se faire prier ».

Le cortège tourna à droite et emprunta la rue qui mène à l'église . Tout le monde entra dans celle-ci et prépara la veillée de prières . En effet durant toute la nuit ,dans l'église décorée de tentures ,ce fut un va-et-vient incessant de personnes qui se relayaient pour invoquer la Vierge .

Le lendemain matin après une courte cérémonie , la Vierge traversa à nouveau le village , franchit le pont de l'Orbieu et passa devant l'entrée du Moulin où l'on avait également dressé deux filates qui soutenaient une corde tendue en travers de la route et recouverte de buis et de décorations .

Sur cette route vers Lézignan  se posait le problème des dénivellations , surtout la fameuse descente de Villaspre , mais aucun récit ne relate comment les hommes ont réussi à pousser le chariot , ni comment ils ont réussi à le freiner dans la longue descente de Villaspre , sûrement l'expérience acquise depuis le départ !

Tant et si bien que la Vierge arriva sans encombre à l'entrée de Lézignan en longeant la route de la distillerie pour arriver aux portes de la ville située devant un petit bistrot appelé « Le Pain Doré »,

C'est à cet endroit que la Vierge fut transmise à Lézignan .Le même cérémonial que la veille eut lieu et les habitants de la ville prirent le relais jusqu'à l'église Saint Félix où elle passa la nuit .

Ainsi la statue continua -t-elle son périple à travers les villes et villages de France .

 

Pour conclure je parlerai des oboles ramassées durant ce voyage à travers la France , en effet dans chaque village et ville on distribuait des images à l'effigie de la Vierge

(voir photos) et à son passage les gens jetaient une obole dans la barque .

Mais on n'a jamais su combien cela avait rapporté durant la circulation de la barque à travers tout le pays !

Un ancien Lucquois me raconta qu'il avait vu la barque à Luc déjà remplie au tiers de pièces et de billets ! La ferveur à l'époque était grande !

Cependant il faut croire au miracle , car la guerre se termina un an après en 1945 , un an après son passage à Luc le 9 mai 1944 et que l'armistice fut signé le 8 mai1945.

Il faut croire qu'à un jour près , la Vierge avait bien choisi la date mais surtout que les habitants de Luc avaient été entendus .

 

Henri NESTI